Revue électronique de Relations internationales / International Relations Electronic Journal – ISSN 2105-2646
Appel à contributions
50 ans après l’indépendance algérienne : bilans et perspectives
Le 5 juillet 1962 l’Algérie obtenait son indépendance après sept années de guerre marquées par la violence des affrontements au sein du mouvement national algérien comme entre l’armée française et les troupes de l’Armée de Libération Nationale (ALN), sans oublier les actions terroristes de l’Organisation Armée Secrète (OAS). Trente ans plus tard, en janvier 1992, le haut commandement de l’armée algérienne annulait le second tour des premières élections législatives libres, qui aurait vu triompher le Front Islamique du Salut (FIS), parti islamiste de masse né trois ans plus tôt lors de l’instauration du multipartisme. Suivirent une dizaine d’années d’un conflit armé interne d’une rare violence ; conflit qui perdure encore aujourd’hui, dans les maquis de Kabylie notamment, et qui s’est régionalisé sous la bannière d’Al Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI).
En 2012, l’Algérie s’apprête à célébrer le cinquantenaire de son indépendance dans un contexte où coexistent violence terroriste, émigration irrégulière des algérien(ne)s, cloisonnement de l’espace public et des médias, bouleversements politiques régionaux, accroissement des inégalités, développement du commerce informel, problèmes de logements et d’infrastructures, corruption, recomposition des alliances politiques, persistance de l’arbitraire, réserves de change record, incertitudes sur l’état du pouvoir, baisse de la production pétrolière, reprise à la hausse des importations… En reprenant ces thèmes généraux dans son septième numéro, Dynamiques internationales propose de revenir d’une manière critique sur ces cinq décennies et, surtout, d’interroger les perspectives d’évolutions politiques, économiques, sociales et géopolitiques de l’Algérie.
En 2010, la Gendarmerie nationale a comptabilisé plus de 10 000 sit-in, émeutes ou manifestations dans l’ensemble du pays. Si les émeutes de janvier 2011 ont redonné du souffle à la société civile algérienne, elles n’ont pas donné lieu à la naissance d’un mouvement durable de revendications démocratiques car les mois qui suivirent ont été marqué par des demandes sociales tous azimuts. Cela est notamment lié au caractère rentier de l’Etat algérien qui dispose, en 2012, de près de 180 milliards de dollars de réserves de changes. L’Etat a donc satisfait a toutes les revendications sectorielles, allant parfois jusqu’à doubler les rémunérations des travailleurs en grève, et s’est lancé dans un processus de réformes n’ayant convaincu ni l’opposition, ni la population, ni les observateurs. Cependant, c’est bien cette rente de l’exportation des hydrocarbures qui est cœur de l’autoritarisme algérien, de la corruption et du faible niveau de gouvernance des ressources publiques comme l’ont montré les travaux de Mohamed Hachemaoui et Luis Martinez. Or, depuis quelques années, la production pétrolière est en baisse et les investissements étrangers sont freinés par un cadre législatif jugé à la fois instable et trop contraignant à la suite des réformes économiques de 2009.
Mais, surtout, ce sont les relations internationales de l’Algérie qui font aujourd’hui face à de nombreux défis autour de sa politique régionale et de la lutte anti-terroriste. D’une part, les atermoiements de la diplomatie algérienne vis-à-vis du conflit libyen, accentuées par les soupçons de soutien à Kadhafi, ont entamé un isolement progressif du pays dans une région où il exerçait jusque-là une hégémonie incontestable. C’est bien pourquoi Alger tente aujourd’hui de relancer l’Union du Maghreb Arabe et de normaliser les relations algéro-marocaines plombées par la question sahraouie, toujours irrésolue. D’autre part, l’Algérie s’est également retrouvée marginalisée au sein de la Ligue arabe et s’est aliénée l’appui du Qatar, très impliqué dans les révoltes arabes. En outre, son rôle stratégique dans la lutte contre le terrorisme dans l’aire saharo-sahélienne se heurte aux critiques de ses partenaires régionaux sur son manque d’implication au-delà de ses frontières et à son refus de voir le Royaume chérifien associé au partenariat anti-terroriste transsaharien (TSCTP). Enfin, la bienveillance des puissances occidentales envers Alger, qui s’est confirmée tout au long de l’année 2011, se mesurera réellement à l’attitude des observateurs invités à surveiller le scrutin législatif du printemps prochain.
Non-exhaustifs et hors de tous propos normatifs, les axes retenus par Dynamiques internationales pour traiter de l’Algérie contemporaine sont les suivants :
- La politique du régime algérien : quelles ont été les évolutions du régime algérien depuis l’indépendance ? La place et le rôle de l’armée et des services de sécurité ont-ils été toujours identique entre la présidence de Ben Bella, le règne de Boumediene, la période de Chadli (qui s’est conclu par les émeutes de 1988) et l’avènement de Bouteflika qui concluait la parenthèse militaire des années 1990 ? La mouvance islamiste, en proie a des divisions, peut-elle jouer le même rôle que chez ses voisins tunisien et marocain ? Que reste-t-il, d’ailleurs, du FIS ? Le terrorisme en Algérie est-il vraiment « résiduel » ? Onze ans après le Printemps noir, où en est la question berbère ? Les nombreuses « luttes de clans » relayées par la presse et les observateurs servent-elles de paravent à une gestion opaque du pays ou révèlent-elles de véritables différences d’orientations politiques ? Quel sont les soutiens étrangers au régime d’Alger ? Quels rôles jouent-ils dans l’évolution ou la pérennité du système ? Sur quelles alliances politiques et sociales se fait et se défait la cohésion du régime algérien ?
- Economie politique internationale de l’Algérie : quels rôles ont joué les hydrocarbures dans la politique algérienne avant et depuis les nationalisations de 1971 ? Dans quelle mesure les nationalisations ont été une vitrine du régime durant la période socialiste ? Aujourd’hui, quel est l’état de l’exploration, de l’exploitation et l’exportation des hydrocarbures algériens ? Existe-t-il une véritable politique énergétique en Algérie alors que les énergies renouvelables tendent à se développer ? Combien de temps peut survivre une économie algérienne qui importe annuellement pour 40 milliards de dollars de biens de consommation et d’équipements ? Comment remédier à la dépendance algérienne aux hydrocarbures ?
- Politique extérieure de l’Algérie : quelle est la postérité des premiers succès de la diplomatie algérienne au sein du Mouvement des Non-Alignés ? Le tiers-mondisme et l’anti-impérialisme constituent-ils encore des piliers de la diplomatie algérienne au-delà des discours ? Quels sont les déterminants de la politique étrangère de l’Algérie ? Comment s’est traduit l’isolement international lié à la guerre civile des années 1990 ? Que peuvent faire la justice internationale et la compétence universelle de certaines juridictions nationales sur le dossier algérien ? Pourquoi la politique anti-terroriste de l’Algérie au Sahel suscite autant de méfiance ? Que représente l’AQMI ? Les relations algéro-marocaines peuvent-elles dépasser le différend du Sahara occidental ? Où en est la relation entre l’Algérie et ses/les touaregs ? Les relations avec les Etats-Unis et les pays européens reposent-elles sur la réciprocité ou sur les simples atouts stratégiques de l’Algérie ? L’Algérie ne dispose-t-elle pas d’une rente « sécuritaire » dans sa lutte contre le terrorisme et d’une rente « migratoire » dans ses relations avec l’Union européenne qui viennent s’ajouter à sa rente pétrolière et gazière ?
-Clôture de l’appel à contribution : 15 février 2012.
-Réponse aux auteurs : 27 février 2012.
-Réception des articles : 1er mai 2012.
-Publication prévue à l’été 2012.
Les propositions de contributions sont à déposer via l’interface dédiée sur le site de Dynamiques internationales
Pour plus d’informations, contactez le coordinateur du numéro : salim.chena@redac-dynamiques.com
Précédente parution
La torture dans les conflits armés, Dynamiques Internationales, no.5, juillet 2011
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