Introduction et Panel 1

Introduction

Lors d’une Introduction générale, Andy Smith a rappelé le rôle de la production des sciences sociales dans les connaissances du monde. Particulièrement en Relations internationales, l’état de la discipline fait l’objet de débats théoriques et épistémologiques persistants qui ont disparu ailleurs. Actuellement, les frontières de la discipline se situent loin de ce que l’on appelait autrefois les Relations internationales. Il est important de mettre fin aux chasses gardées, pour les objets comme pour les concepts, et faire valoir des propositions de processus d’échanges et de rapprochements.

Pour ce qui est des concepts, le questionnement concerne les outils et concepts intermédiaires. Lesquels sont pertinents pour les Relations internationales ? Lesquels servent la fonction de transformation d’un sujet en objet de recherche ? Bref, problématiser, servir la fonction d’interprétation des résultats d’enquête.

Pour ce qui est des logiques d’explication et des hypothèses causales, la référence demeure Craig Parsons dans How to map arguments in Political Science, où il souligne trois logiques explicatives causales : structuraliste, institutionnaliste, constructiviste. Lorsque ces logiques ne sont pas assez explicitées, le débat est rendu difficile.

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Commentaire du Panel 1 : La transversalité épistémologique dans les Relations Internationales

Inanna Hamati-Ataya : « Faits et valeurs en théorie des Relations Internationales. Neutralité axiologique, science et réflexivité »

Thomas Meszaros, « Quelle place pour la philosophie dans les Relations Internationales ? »

Dario Battistella a d’abord commenté le texte de Thomas Meszaros, où il identifie trois grands questionnements. Peut-on parler de philosophie desRelations internationales ? Il soutient ici la thèse de la théorie meta-disciplinaire, idée qui ne peut être rejetée même dans le cas de la promotion d’une connaissance post-positiviste. Comment dater la tradition de la philosophie des Relations internationales ? Faut-il commencer à l’Antiquité ou à la Renaissance ? Et où s’arrêter ? Au début du XXème siècle, ou faut-il intégrer l’actuelle philosophie politique ? Dans ce dernier cas, comment intégrer par exemple l’approche classique qui renvoie au droit en plus de la philosophie ? Enfin, quel impact possède la philosophie sur la discipline elle-même ? Il y a actuellement un impact négatif de la philosophie sur les Relations internationales en raison d’une pression scientiste, même si il existe une redécouverte marginale de la tradition normative.

Dario Battistella a réagi au texte d’Inanna Hamati-Ataya en revenant d’abord sur le débat épistémologique en Relations internationales, qui s’est ouvert très tardivement. Seul le quatrième grand débat de la discipline est épistémologique, entre les positivistes et les post-positivistes, et se trouve aujourd’hui mis en sourdine par la domination du nombre de publiants américains ayant une conception positiviste, empiriste et quantitative de la discipline. S’ajoute l’importation massive de méthodes et d’objets venus de l’économie. Sur la question de la définition de l’objet, il renvoie au Oxford Handbook of International Relations de Reus-Smith et Snydal, où l’état de la discipline qui y est faite pose comme objet non plus l’anarchie ou les relations entre Etats mais la gouvernance entre acteurs multiples, relevant d’un consensus néo-libéral constructiviste soft. Au nom d’une idéologie, il y a un engouement pour la combinaison du rational choice et du constructivisme. Pour être dissident aujourd’hui, il faut être Réaliste. Enfin, au sujet d’un rapprochement avec la sociologie pour faire évoluer la discipline en France, l’avenir des RI ne s’y trouve pas, car les sociologues ont souvent montré leur mépris de la science politique, a fortiori pour les Relations internationales, et à ce titre Bourdieu est encore moins envisageable que les autres. Il ne croit pas à la refondation des Relations internationales françaises, et invite ceux qui font encore preuve de bonne volonté à aller chercher ailleurs.

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Discussion avec l’assistance

Daniel Compagnon a souhaité nuancer ce propos en expliquant que les Relations internationales en France sont structurées par un faible nombre de Professeurs, et est donc privée d’une masse critique. L’initiative de Dynamiques internationales, revue qui tente une entrée « par le bas », est un bon choix pour entraîner un changement et l’élargissement du milieu, si elle arrive à survivre. Son appel à un œcuménisme intellectuel est sans doute risqué. Les Relations internationales françaises ont cherché à rattraper leur retard sur la discipline américaine par la recherche d’une spécificité. Mais ce projet était voué à l’échec dès le départ, l’évolution actuelle des disciplines offre des perspectives si on veut bien actualiser le débat, et les doctorants ont une meilleure capacité à capter ces évolutions.

Le papier de Thomas Meszaros l’interroge sur l’impact de la philosophie des Relations internationales sur le renouvellement des travaux en Relations internationales. La philosophie contemporaine a-t-elle quelque chose à nous apporter ? Celui d’Inanna Hamati-Ataya met l’accent sur une refondation de la discipline, mais il est sceptique sur les possibilités présentées. Les chercheurs étrangers sur la globalisation considèrent bien souvent l’épistémologie comme de la décoration sans grandes conséquences. Après l’effet de mode, c’est le retour à la normale. Il faut se méfier des effets de notoriété et de l’hermétisme des textes. Les tendances actuelles vont du quantitatif dur à l’importation de concepts littéraires, mais pour quel apport heuristique ? L’invocation de références ne suffit pas, il y a un besoin de précision. Une fois de plus, quel est l’apport à attendre du choix de tel ou tel sociologue ? Les meilleures productions ont le mérite de l’intelligibilité, ce qui est la condition première du débat.

Thomas Meszaros a répondu en indiquant que la question pour le théoricien des Relations internationales est celle de l’appropriation du sens et de la mise en théorie de celui-ci. Doit-on se limiter à l’emprunt de concepts, ou comme Hoffmann considérer la métathéorie ? Ce sont deux aspects différents de la théorie, difficiles à faire coïncider, et les concepts les plus forts en Relations internationales proviennent bien souvent des classiques de la philosophie politique. La théorie philosophique est la même chose que l’histoire des idées politiques. C’est ce que Wight appelle simplement une théorie internationale.

Gilles Bertrand a évoqué la crise générale dans les sciences sociales, qui concerne autant la science politique que l’économie ou la sociologie. Les postes en Relations internationales sont difficiles à obtenir, la passion y fait l’essentiel du travail et les calculs nocifs sont trop nombreux. La thèse est presque un sacerdoce. Nous sommes dans un monde brouillé où il y a besoin d’optimisme.

Andy Smith a posé l’état actuel des Relations internationales par le besoin d’institutionnaliser les questionnements sur l’international dans la science politique plutôt que de se crisper sur l’existence de la discipline en elle-même. Nous avons résisté à la vision comme sous-discipline de l’analyse des politiques publiques, mais le danger demeure dans le micro-questionnement. L’étude des Relations internationales et de la science politique doit faire passer le message de davantage d’études et d’ouverture aux apports de la sociologie de l’action publique. Il y a une question de posture à stabiliser.

Mustapha Arihir a posé la question de la distinction entre la philosophie politique et les Relations internationales. Au départ, les travaux Réalistes trouvent facilement un terrain de recherche explicatif avec le statocentrisme. Les Relations internationales ne sont pas détachables de la société, et les approches constructivistes y trouvent leur place par la gestion d’autres questions comme celle d’acteurs différents (OIG…) ou de problématiques plus rares (les questions identitaires par exemple). La logique des Relations internationales diffère de celle des autres sciences sociales.

Thomas Meszaros a réaffirmé sa croyance dans l’existence d’un objet spécifique aux Relations internationales. Croire à la discipline des Relations internationales n’exclut pas l’apport d’autres disciplines, mais dès le départ les apports sont pluridisciplinaire. Un cinquième débat finira par émerger, alors pourquoi pas une alliance entre l’école anglaise et le constructivisme.

Daniel Compagnon a repris cette question : une discipline se définit-elle encore par un objet ? Ecrire un chapitre entier sur les politiques environnementales sans faire aucune référence à la science politique est parfaitement possible aujourd’hui. Il y a une beaucoup plus grande fluidité des frontières aujourd’hui. L’objet ne résout pas les problèmes d’une discipline, et les centres multidisciplinaires sont beaucoup plus efficaces. Les relations internationales sont bien sur un objet, et il y a aussi des historiens et des juristes qui ne sont pas que des néo-positivistes durs. La solution peut venir de la sortie des grilles de lecture globales du comportement des Etats. Par exemple, la compréhension de la Corée du Nord actuellement ne peut se limiter à la compréhension classique du comportement des Etats.

Un membre de l’assistance a rappelé que la société internationale évolue vite, à mesure que de nouveaux problèmes publics apparaissent. L’histoire des Relations internationales est enrichie par d’autres disciplines, notamment par l’analyse des politiques publiques, l’économie, la sociologie des organisations (cf. Allison). S’agit-il de construire des compromis disciplinaires pour relancer la compréhension des phénomènes internationaux ?

Thomas Meszaros a répondu que l’émulation au sein des sciences sociales oblige les Relations internationales à revoir leurs méthodes et leurs compréhensions. Dans les sciences sociales, où situer les Relations internationales ? Pour Hoffmann, elles appartiennent à la science politique. Sinon elles se retrouveraient éparpillées dans les sciences sociales dès qu’un objet s’apparente à l’international.

Pour Gilles Bertrand, l’inverse est vrai aussi car les Relations internationales ont quelque chose à dire sur les sciences sociales, surtout lorsque les sociologues du politique étudient nos objets sans se référer aux travaux de la discipline. Le dialogue est bon mais il faut savoir s’insurger lorsqu’il y a tentative de marginalisation. Il ne faut pas hésiter à entrer dans la mêlée pour affirmer l’existence des Relations internationales.

Andy Smith a indiqué que le dialogue peut se faire notamment en publiant dans des revues généralistes de science politique ou de sociologie. C’est au niveau institutionnel qu’il faut se battre pour favoriser les thèses qui s’occupent réellement de problématiques de relations internationales.

Sur ce dernier point, Daniel Bach a rappelé que les thèses en Relations internationales sont ouvertes à de nombreuses opportunités pratiques et de financement. Le contexte actuel de grand changement n’interdit rien, et il faut profiter de l’espace européen de la recherche. A ce titre, Internet est un instrument extraordinaire.

Amadou Ba a conclu la discussion en expliquant que la crise ne se limite pas aux Relations Internationales, ce sont toutes les sciences sociales qui expérimentent et doivent s’accommoder de la porosité des frontières disciplinaires. La crise des Relations internationales porte sur un objet qui ne fait plus consensus, comme cela était le cas sur la puissance en politique internationale. Il y a une remise en question des conceptions dominantes depuis quelques années par d’autres approches. La prise en compte de ces évolutions est nécessaire. La difficulté de la cohabitation entre diverses perspectives n’est pas une spécificité française. C’est réellement une question transversale. Les approches formulées par les Gender studies développées dans les pays scandinaves, par exemple, sont-elles bien « reçues » par une revue américaine comme International Security ? Il faut garder à l’esprit que l’appréhension totale de notre environnement est impossible, le centrage est nécessaire sur le développement des outils conceptuels et méthodologiques appropriés. L’enjeu n’est pas d’avoir tort ou raison absolument, mais d’avoir un apport heuristique.