Panel 3

Commentaire du Panel 3 : La transdisciplinarité au service des études internationales en France… et au-delà

Fabrice Argounes : « Can the Subaltern speak To/In International Relations? »

Emmanuel Rivat : « Bourdieu est-il soluble dans les Relations Internationales ? »

Daniel Compagnon a estimé que la présentation à l’oral du papier d’Emmanuel Rivat présentait l’avantage d’une plus grande clarté ; avec une capacité très intéressante à mobiliser beaucoup de courants de pensée en un seul texte. Sa première question a porté sur la sélection précise des textes de Pierre Bourdieu utilisables en Relations internationales. Le fait de l’accoler de façon systématique a chaque grand paradigme fait disparaitre l’existence de contradictions explicites entre eux, alors que, par exemple, la rationalité de l’acteur chez les Réalistes est contradictoire avec les structures et les agents présents chez Bourdieu. Il y a des limites a ces comparaisons : les néo-gramsciens pris en exemple voient l’existence de la classe dirigeante transnationale, mais les domines y ont un rôle, ce qui n’est pas le cas chez Bourdieu. La transposition s’en trouve compromise.

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La deuxième partie de l’article est critiquable notamment pour son usage de multiples références bourdaines dont les conditions de transposition ne sont pas explicitées. Or ce type de marquage symbolique est déjà trop présent dans la science politique française. Et quel est l’intérêt ici d’une transposition en dehors de la concurrence intellectuelle dans le milieu universitaire ? La même question se pose pour le papier de Fabrice Argounes : quel est l’apport heuristique du subalternisme, malgré ses qualités ? Les auteurs cités dans la communication comme faisant partie du champ des Relations internationales ne sont-ils pas plutôt des chercheurs sur l’objet international qui opèreraient d’un autre point de vue ? Les néo-gramsciens en Relations internationales renvoient-ils vraiment au subalternisme ? Et les subaltern studies sont-elles autre chose qu’un label ayant remplacé celui du tiers-mondisme, en n’apportant rien de nouveau depuis Wallerstein et l’école de la Dépendance ? Les apports existent pourtant : même si le recoupement avec les Relations internationales est réduit, la perspective même restreinte (celle de Mohammed Ayoob par exemple) est intéressante car le subaltern Realism permet de réfléchir par exemple sur la nature de l’Etat, et de voir ainsi que le raisonnement fonde sur un modèle-type westphalien est faux, et que le mode d’insertion de tous les Etats dans le système international ne peut être identique. Le problème est celui du marquage : « subaltern »est-il plus pertinent que « périphérique » ? La nature du subalterne ne signifie pas pour autant une absence d’influence dans le système international. Le discours sur l’impuissance des Etats du sud les plus petits est surjoué, car les micro-Etats ont prouve leur influence collective sur les négociations environnementales.

Discussion avec l’assistance

Emmanuel Rivat a répondu à la critique de son texte en interrogeant le statut de la pensée de Pierre Bourdieu. A-t-elle une cohérence, est-ce une méthodologie ? L’usage souple des concepts bourdieusiens permet d’accepter l’existence d’acteurs, pour arriver a une situation d’acteurs dans un champ de luttes. Des auteurs comme Johanna Simeant emploient ces concepts sans citations précises.

Fabrice Argounes a répondu pour sa part que la mondialisation forme la base du subalternisme et qu’on y trouve certes les mêmes termes que chez les tiers-mondistes, mais que l’influence de l’Etat subalterne a lieu dans un cadre particulier. Si l’on met en place des normes, c’est que l’hégémonie doit s’adapter et passer par elles et plus seulement par la puissance. Lorsque Australiens et Néo-Zélandais veulent imposer des normes, la résistance existe face à cette domination sans hégémonie. La question est : pourquoi l’hégémonie gramscienne est-elle difficilement adaptable au niveau régional ? Il n’y a pas de solution théorique idéale actuellement. La notion d’adaptation vaut pour les Etats insulaires qui savent se faire entendre sur les problèmes qui les concernent politiquement. Par exemple, la tentative de plainte de Tuvalu contre l’Australie qui avait refusé de signer le protocole de Kyoto et le menaçait ainsi de disparition. Un membre de l’assistance a fait remarquer que la posture de la faiblesse permettait d’être toujours en position d’accusation et ainsi de capter les ressources disponibles par la pression morale, comme le montre les relations des pays en développement avec l’Union européenne. Le subalternisme cache ainsi des ressources utilisables par le subalterne. Fabrice Argounes a reconnu que le subalternisme constituait d’abord une posture de réaction au mainstream occidental, et que les concepts utilisés avaient vocation de contestation.

Amadou Ba a relevé sur l’incompatibilité entre les théories de Bourdieu et le Réalisme, pour laquelle il faudrait opérer une distorsion totale entre une théorie a caractère relationnel et une autre a caractère positionnel. Emmanuel Rivat a répondu qu’il cherchait tout de même à comparer l’incomparable, dans le cas cite pour mettre en relation puissance et pouvoir. Andy Smith a ajouté que la typologie proposée était insuffisante, et que l’application de Bourdieu au constructivisme devait être développée très largement. Gwenaelle Calcerrada a relevé que cette communication contredisait celle d’inanna Hamati-Ataya qui faisait l’état d’un manque d’emploi de Bourdieu, Foucault ou Derrida. Samuel Lussac a ajouté que la circulation des idées décrite dans le texte ne précisait pas comment les concepts passent entre les individus. En négligeant le cheminement, on rate le rôle des institutions. Emmanuel Rivat a reconnu ceci comme un problème central, puisque la théorie des champs implique de tenir compte du cheminement. Pour les acteurs anti-nucléaires, la détermination du champ est très difficile en dehors de l’échelle nationale, alors comment y parvenir ?